La déco bois de chantier, parlons aggloméré, contreplaqué…

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Les bois de chantier ont la quotte, ils sont même tendance, pour ne pas dire très très tendance… Ils vont de paire avec ce mouvement de simplification et d’épuration de nos habitats qui gagnent les « cités branchées ». Beaucoup d’architectes s’emparent de ces panneaux de bois, ce qui entre nous n’a rien de nouveau. En revanche, ce qu’il l’est, c’est de laisser ses panneaux bruts comme une signature. C’est même très chic. Du coup, nous pauvres pêcheurs, nous voulons, désirons aussi cette cuisine si tendance en plywood. C’est vrai que c’est chouette et quand plus, on se dit que cela coûtera moins cher qu’une « vraie » cuisine. Erreur fatale, le parcours de l’apprenti décorateur est semé d’embûches.

C’est à la suite de mon article sur le contreplaqué : Ne dites plus contreplaqué, dites plywood que j’ai eu certains commentaires, dont un très intéressant, m’interrogeant sur les COV et cet autre vilain mot « formaldéhyde »What ?

Cela m’a titillé et surtout, j’ai pensé que ce témoignage que je vous livre en fin d’article pourrait vous intéresser. C’est vrai, le nombre de blogs qui présentent de superbes intérieurs en bois de chantier [ moi la première ] qu’on en oublierait que le contreplaqué et autres panneaux en aggloméré ne sont pas des produits anodins et qu’il vaut mieux se demander comment ils sont fabriqués.

Je vous propose donc de faire le tour de la question avec en fond d’article de superbes intérieurs utilisant avec talent les bois de chantier, parce que je ne suis pas là pour vous prendre la tête.

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Et le gars, il est fourni avec la maison ? Parce que moi, on ne me la fait pas, je ne vais pas tomber dans le panneau.

Les panneaux de bois massif

Je commence mon exploration avec le bois massif. Vous me direz : bois de chantier ? Pas vraiment. Certes, je ne peux pas dire qu’une planche en chêne massif ou en merisier rentre dans la catégorie de ce qu’on appelle « bois de chantier ». Néanmoins, je pense que l’on peut considérer que les panneaux en sapin ou en pin de base peuvent entrer dans cette catégorie. Cela reste des panneaux peu chers qu’on utilise facilement sur les chantiers. La différence aujourd’hui, c’est qu’il est très chic de les laisser bruts comme pour cette maison réalisée par l’agence d’architecture de Rob Kennon ci-dessous.

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robkennon.com – Photo : Brooke Holm

Les agglomérés en général

A la base, les agglomérés sont une bonne idée. Ces panneaux sont en effet constitués des déchets des scieries et permettent donc la valorisation de ce qui aurait dû finir brûlé ou jeté, mais voilà… ce qui à la base apparaissait comme économique et écologique n’est pas forcément si écolo que cela et surtout bon pour notre santé.

Le principe est simple. Une fois débité le bois d’arbre, il reste l’écorce, la poussière, les copeaux et plein d’autres déchets. Vous passez le tout dans une broyeuse, vous ajoutez un liant aux résidus, vous mélangez bien le tout et à l’aide d’une presse à chaud et sous haute pression, tana… vous obtenez un panneau en bois tout beau, tout neuf. Merveilleux !

Le problème ne réside pas tant dans les résidus, mais dans le liant.

A propos des COV

Les COV sont les composés organiques volatils et… dans ces COV, on trouve beaucoup de choses, des composés volatiles produits par les plantes [ Rien à signaler de ce côté là ], mais aussi des trucs moins fun qui proviendraient des activités humaines. Dans ce sujet, ce sont les COV des solvants pour les vernis, colles, encres et peintures qui nous intéressent.

Sans le savoir, on en met des choses pas très saines dans nos intérieurs., mais je ne suis pas là pour faire peur. Je suis beaucoup d’entre nous à me dire qu’il faudrait peut-être que je fasse un peu plus attention aux produits que j’achète. Ces émanations ne sont dangereuses à court terme. C’est leur concentration, leur durabilité et leur interconnexion entre elles, vous le savez qui sont pernicieuses.

Dans la liste des panneaux fabriqués à partir de ce principe, on trouve pas mal de produit qui nous sont aujourd’hui familiers comme :

  • L’OSB
L’OSB (pour Oriented Strand Board, l’appellation anglophone) ou panneau de lamelles minces, longues et orientées est un panneau en plusieurs couches principalement constitué de lamelles de bois et liées ensembles avec un liant.

  • Le mélaminé
C’est un panneau aggloméré sur lequel est appliquée à chaud une feuille de papier imprégnée de mélamine. Au besoin, les chants peuvent être plaqués. A ne pas confondre avec le stratifié…

  • Le stratifié
… qui, lui, est obtenu en collant une feuille de 0,2 mm à la colle contact sur le panneau d’aggloméré.

  • Le MDF (Medium Density Fiberboard), Médium©
La méthode de fabrication est quasi identique à celle de l’aggloméré, mais les particules de bois sont défibrées et elles sont plus petites. Cette méthode de fabrication signifie que les bords coupés sont plus propres que ceux sur les autres matériaux. Le MDF peut fournir un élément structurel rigide ou peut être de forme complexe pour former une surface décorative prêt à peindre.

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Royal Roulotte

 

Le contreplaqué ou multiplis

Je ne vais pas revenir sur le sujet du contreplaqué que j’ai largement traité dans cet article : Ne dites plus contreplaqué, dites « plywood ». Je mets sciemment le contreplaqué à part des « agglomérés », car il s’agit de minces feuilles de bois collées et pressées à chaud en alternance (pas dans le même sens) les unes aux autres. Les essences utilisées sont le peuplier, le bouleau, les résineux et l’Okoumé. Comme les agglomérés, ces panneaux contiennent de la colle formaldéhyde, ils sont aussi plus chers que l’OSB qui gagne du coup en popularité.

Vous pouvez lire cet article intéressant sur le sujet Bois OSB versus contreplaqué (ou Plywood) : le match technique et environnemental.

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jdarchitect.ca – Photo : Urszula Muntean

Le bois composite

Je termine avec le bois composite ou wood plastic composite (WPC) qui est un matériau composé de fibres de bois et de résines plastiques. Il est surtout utilisé pour réaliser des terrasses, des plages de piscines, des pontons et autres aménagements extérieurs durables, mais également pour l’habillage et l’isolation de façades, ainsi que pour la création de mobilier urbain et de mobilier intérieur. Ce matériau est relativement nouveau (inventé en 1975 par un Japonais).

Vous imaginez bien que sa fabrication n’est pas très « naturelle », mais comme beaucoup de ses produits, il faut bien se renseigner sur les filières.

Bon à savoir ! L’OSB et les panneaux de contreplaqué, collés avec des résines phénol-formaldéhyde (PF) sont de plus en plus sans formaldéhyde. Ces panneaux sont donc beaucoup moins nocifs que les panneaux de fibres à densité moyenne, appelé aussi MDF ou médium©.

 

TÉMOIGNAGE

Grégor est architecte. Il n’a pas souhaité être mis en avant sur le blog, ce que je respecte. Je partage avec vous son expérience qui m’a semblé intéressante. Ce n’est pas une vérité, cela reste un témoignage qui personnellement m’a poussé à m’interroger et à me renseigner plus sur le sujet. Vous pouvez vous aussi me laisser votre avis dans les commentaires, me faire part de votre expérience ou lui répondre, je lui transmettrai.

expérience perso

J’ai réalisé l’an dernier un meuble (en MDF peint) avec une niche en contreplaqué. Bien qu’étant architecte, je me suis fourni dans une grande surface, par commodité et pour avoir accès au plus vite aux planches. J’ai été très déçu, bien que mis en garde par le vendeur lui-même, par cette particularité du CP (chinois en l’occurrence).
Afin de tirer les coûts au plus bas, certains manufacturiers n’hésitent pas à remplir les plis intermédiaires par des « copeaux » ou morceaux de bois, plutôt qu’avec des feuilles pleines. L’ensemble est de toutes manières censé être lié par la colle. Pour que cela ne se voit pas trop, ils font un effort sur les périphéries des planches (122×240).
Il faut comprendre que ces CP sont destiné initialement aux chantiers. Mais ils sont néanmoins vendus en grande surface.
C’est en découpant que l’on déchante un peu. Notamment parce que l’économie est faite également au niveau de la colle, et certains de ces copeaux sont arrachés, entiers, par les coups de scies. Il faut alors user d’un peu d’huile de coude et beaucoup de pâte à bois pour combler…

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expérience pro

J’ai eu l’occasion plus tard, professionnellement cette fois-ci, de rencontrer un représentant et fournisseur de différents types de contreplaqués. Désireux de faire réaliser du mobilier en contreplaqué boulot, dans le cadre d’un projet de construction neuve d’une école, j’ai tout d’abord pu constater la différence de qualité mais surtout la « beauté » des 13 plis d’un produit via professionnel, en comparaison des 7 plis de ma niche fabrication maison en CP ! Quant à la question des colles, sans rentrer dans les détails, et pour un projet antérieur (toujours une école neuve, mais cette fois-ci avec du mobilier en OSB) j’ai pu apprendre qu’il y avait bel et bien une attention toute particulière à porter à ce sujet. Dans le milieu scolaire notamment, et cela va de soi !
Nous avons eu la chance de travailler avec une entreprise de menuiserie qui a joué le jeu et a réussi à nous trouver un OSB3 avec les colles adéquates avec rejet de COV bien amoindri. Ce projet s’inscrivait dans une démarche d’Analyse Qualité Santé avec un suivi par Madame Suzanne Deoux dont je vous conseille la bibliographie, si vous souhaitez étayer votre savoir sur la notion de santé dans le logement.

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à propos de la durabilité de ces bois de chantier

Enfin, j’ai cru comprendre que les CP à la mode, que l’on voit un peu partout dans les magazines TV spécialisés ou sur internet, à savoir les contreplaqué de pin maritime, avait une très mauvaise tenue dans le temps.
Souvent utilisés en portes d’éléments de cuisine ou de penderie, il semblerait que le bois, s’il n’est pas utiliser en placage (à savoir, le CP fixé lui même sur un plan rigide : mur, cloison, bois dur), mais seul, finisse par se vriller.
Sa structure naturelle ne serait pas stable. Là encore, je n’ai rien pour étayer cela, pas même d’expérience personnelle, pour le coup. Je ne fais que le relais, sans avoir pu le constater. C’est le représentant qui évoquait le nombre croissant de SAV chez des clients mécontents…

et pour finir

Je suis désolé de ne pas pouvoir vous apporter plus de précisions.Je suis simplement persuadé que nous vivons une période, tiraillée entre « vouloir » chez nous, les belles images, les beaux intérieurs que l’on voit à la télévision ou sur internet, mais que nous sommes toujours à la recherche du moindre coût, pas prêt du tout à mettre le prix de la qualité. Je me suis lancé moi-même, avec motivation, dans la conception (c’est mon métier) et la réalisation (je n’ai pas deux mains gauche, j’aime bricoler, mais ce n’est pas mon métier) d’un grand meuble dressing, suite à la réception d’un devis de 4000€ qui me semblait ahurissant. Au final, j’en ai eu pour 1800-1900€ de matière.
Certes, j’ai fait l’économie de la main d’œuvre, mais aussi de la qualité du matériau, qu’un professionnel consciencieux aurait pu m’apporter.
Bonne continuation à vous, et merci pour votre blog que je suis quotidiennement via votre relais FB.

  1. Cool!

  2. André

    7 novembre

    Bonjour Clémence,
    En regardant les blogs bois et déco j’ai lu votre article sur les différents types de panneaux et bois. L’expérience de Grégor ne me surprend nullement. En effet depuis quelques temps déjà on trouve même dans le milieu professionnel ( je suis menuisier ébéniste) des panneaux contre-plaqués en provenance de chine de qualité très médiocre, qui sont bon pour rien car ils sont déjà voilés au début et présentent des défaut d’épaisseur, je pense qu’ils ne sont pas calibrés de plus comme Grégor le souligne on trouve entre les couches des gros « copeaux » ou un genre de bouts de bois pour boucher les espaces vide. Le seul avantage est le prix, toutefois cher pour du mauvais produit. Ensuite la densité du panneau chinois est tout aussi lamentable un minimum de colle et pas bien pressé.

    Le sciage d’un contreplaqué n’est pas évident du tout, parce que d’une manière ou d’une autre on sera amené à couper en travers fils ce qui vas générer des éclats plus ou moins importants en fonction de la scie et de la lame de scie utilisée, là aussi il existe scie et scie.
    Pour terminer, personnellement je ne suis pas « fan » de mobilier en bois brut, la surface n’est pas protégée donc le risque de taches est permanent et difficile à nettoyer, je suis encore moins « fan » des meubles en palettes, où les risques de champignons et autres salmonelles ne sont pas à négliger non plus. Souvent les images que l’on vois sur le net sont des réalisations avec des palettes neuves et très bien mis en situation. Petite info à ceux qui ont un projet de meuble en palettes seules les palettes marquées EUR ou EPAL garantissent le non traitement au bromure de méthyle. Toutes les autres palettes = Danger.
    Je tenais encore à vous faire part de mon admiration pour votre blog et articles fort intéressants, continuez ainsi, bravo.
    Cordialement André

  3. Excellent article. je vous remercie pour l’effort 🙂

  4. Mutel

    2 février

    Bonjour,
    Je découvre votre blog au grès de mes recherches d’inspiration pour un meuble en bois brut.
    Votre blog est excellent et votre article sur les differentes sortes de panneaux de bois tout à fait complet. Bravo.
    Faire faire des meubles en contre-plaqué, médium ou osb n’est pas qu’une question de volonté ou de coût. Nous venons d’acquérir une maison 1900 que nous souhaitions voire modernisée par la confection par un menuisier-ébéniste d’un grand meuble moderne en aggloméré écologique comme nous en avions été inspiré par les réalisations de 1er Etage Architecture. Nous étions au courant des prix et avoins accepté un devis à 5 chiffres! Notre artisan était tout à fait enthousiaste. Il a donc fait une recherche approfondie pour trouver un fournisseur de ce type de panneaux. Il en a bien trouvé un mais celui-ci ne livrait pas moins de 18 pallettes à la fois soit 1 demi semi-remorque!!!! Un peu trop pour lui. Il ne sait pas découragé et a poursuivi sa recherche pour trouver de l’aggloméré écologique mais également coupe-feu… ce qui revenait au double du prix de l’agglo écolo qui est lui même plus cher que l’agglo standart!
    Voila, on va donc changer notre fusil d’épaule et faire le meuble en osb écolo.
    Le CP écolo revenant bien trop cher pour la confection d’un grand meuble intérieur-extérieur et ne sera utilisé que par « touches »
    Bonne continuation et au plaisir de vous relire
    Cordialement

    • Clémence

      8 février

      Bonjour Séverine,
      Merci d’avoir laissé un commentaire, j’espère que ce sera le premier du longues séries…
      Je vous remercie vraiment pour votre partage d’expérience que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, même si je n’ai pas pris le temps de vous répondre sur le coup.
      En vous lisant, je me dis que c’est dommage que ce soit si compliqué de trouver de l’aggloméré écologique en petite quantité quand on sait la nocivité des produits vendus en grande surface !

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