
Nous avions quitté l’hôtelière et décoratrice Vanessa Scoffier, il y a très très longtemps, avec son amusant hôtel Henriette, à l’esprit « champêtre/bohème » où chaque chambre était gavée d’idées « DIY ». Aujourd’hui, nous la retrouvons avec ce nouvel hôtel Lulu (référence au jardin du Luxembourg), situé sur le boulevard Montparnasse. Changement d’époque, changement de ton. La décoration plaisse place à une architecture entre béton coulé et inox brossé, rafraîchie par une esthétique Rive Gauche. On parle de brutalisme autant que de moderniste, et moi, je parle d’impression seventies. Ne cherchez pas, c’est un peu tout cela à la fois, et c’est dans l’air du temps.
La plupart des médias présentent l’hôtel sous un angle purement « brutaliste/moderniste ». Pourtant, l’analyse de sa décoration montre qu’il s’agit en réalité d’un modernisme adouci et chaleureux, parfaitement aligné avec la tendance 70’s et l’usage maîtrisé de la teinte taupe/terre. Lulu est la démonstration que ces styles architecturaux très structurés peuvent être chaleureux dès lors qu’on les associe aux teintes neutres chaudes (taupe, kaki, caramel) et au design organique des seventies.
Bref, visite en trois temps !
Autres inspirations


01 | Une vision moderniste : Brut dans les structures, doux dans les couleurs
Il ne vous aura pas échappé que depuis quelque temps, un tic de décoration intérieure est de faire se confronter matières chaudes et matières froides : chrome contre moquette, béton contre laiton ou encore cuir et bois. J’en parlais pour l’hôtel Massé ou dans cet article Marron et inox, le combo incontournable de la rentrée 2025.
Dans le lobby, l’hôtel Lulu tourne le dos au registre Art déco classique des adresses parisiennes, pour embrasser un brutalisme chaud, teinté de modernisme. L’enveloppe est certes minérale et industrielle, mais le béton est tempéré par l’inox brossé autant que le chrome, tandis que la verrière rappelle les jardins d’hiver de la Belle époque, avec sa profusion de plantes tropicales.
Quant à la palette de couleurs, elle est travaillée subtilement pour créer une ambiance chromatique enveloppante entre murs écrus, nuances de taupe, de marron, de kaki et de caramel.

_N’y aurait-il pas une petite tendance seventies ?
Autre point que j’adore est l’effet « vintage connexion », tout l’art de faire cohabiter des icônes du design de différentes décennies. On retrouve ainsi un canapé Corbi imaginé par Klaus Uredat dans les années 1970 pour l’éditeur COR, un tabouret Tulip de Eero Saarinen (Knoll), ou encore des éléments tubulaires et assises en chrome évoquant le travail de Marcel Breuer ou le design italien des années 1970.
Ce qu’il faut retenir du style « Brut & Doux » :
- L’équilibre des textures : La froideur des éléments structurels (inox brossé, béton, pierre) est immédiatement compensée par des finitions chaleureuses (velours, bois foncé, moquettes moelleuses).
- Une palette minérale chaude : Les tons écrus, taupe, kaki et caramel enveloppent l’espace pour créer une atmosphère douce, évitant l’effet austère associé au brutalisme pur.
- Le dialogue des époques : Comme toujours, l’intégration d’objets chinés et de mobilier design vintage brise le côté trop « neuf » et apporte un supplément d’âme et de caractère au lieu.



02 | La déferlante 70’s et la magie des teintes terreuses
Si Vanessa Scoffier parle de modernisme, c’est bien les références des années 1970 qui viennent insuffler au lieu un côté « sulfureux », complètement dans l’air du temps.
Le choix d’une moquette léopard dans l’escalier et les couloirs, en est la parfaite illustration, marié à des murs ocre laqués face à des portes marron et des portraits de famille. Loin du rétro kitsch ou du total look futuriste, elle propose ainsi une lecture revisitée de cette période, et c’est pour cela que cela fonctionne.



_Impression Riviera en teinte wabi sabi
Les chambres aux murs crémeux rappellent le style Riviera de la Côte d’Azur, d’où est originaire Vanessa Scoffier. Mais là où l’on trouve d’habitude des tomettes rouges, Vanessa Scoffier, elle étale de la moquette comme dans les vieux hôtels de commerce. Les couvre-lits et les rideaux se font lourds, créant une ambiance feutrée. L’atmosphère ainsi obtenue est enveloppante comme un cocon, loin de l’agitation du boulevard Montparnasse.
Dans les salles de bains, le clin d’œil méditerranéen vintage s’affirme pour le coup sans détour. Le sol et les murs sont couverts de mosaïques en verre recyclé déclinées en rose poudré, bleu azur ou vert d’eau, un joli contraste avec la palette éteinte des chambres qui apporte une touche ludique, so fresh !



03 | 4 leçons déco que vous pourriez piquer à l’Hôtel Lulu
1. Le grand retour de la moquette (même sans motif léopard)
Qui a dit que la moquette était ringarde ? Dans les hôtels, elle a toujours été là pour absorber les bruits et donner une impression de confort. Chez les particuliers, elle revient doucement, car elle apporte à un intérieur ce petit côté vintage seventies tant recherché. Qu’elle soit imprimée pour affirmer un style audacieux ou uni dans des teintes douces, elle séduit à nouveau.
2. La mosaïque pour réveiller les pièces d’eau
Les petits carreaux n’ont jamais vraiment disparu, mais leur côté vintage en mode total look reprend du poil de la bête — et le parti pris de Vanessa Scoffier va faire des émules. Plutôt que le grand carrelage uniforme, la mosaïque (surtout en verre recyclé) apporte une vraie texture aux salles de bains.
3. Le jeu des couleurs sourdes et des pastels
Ce contraste m’a d’abord surpris, car j’avais l’impression que les salles de bains étaient déconnectées du reste de l’hôtel. En réalité, c’est un savant mélange entre des teintes profondes et éteintes (ocre, caramel, kaki, taupe) et des pastels plus frais (bleu azur, vert d’eau, rose poudré). Ce parti pris évite la monotonie d’un camaïeu tout en apportant une touche de gaieté, sans jamais agresser le regard.
4. La touche vintage 70’s
Le mobilier des années 70, — celui des grands noms du design dans tous les cas — énormément en ce moment, parce que ce sont des pièces fortes. Fauteuil en cuir noir, montant en chrome, plexiglas ou velours satiné, tous ces éléments sont géniaux pour casser l’ambiance d’un décor trop conventionnel et lui apporter cette touche décalée, légèrement de mauvais goût.





Photo : Romain Ricard
L’hôtel Lulu, qui emprunte son diminutif au jardin du Luxembourg voisin, se présente avant tout comme un établissement « cool », pensé pour les habitués du quartier plus que pour les voyageurs de passage.
Côté déco, il ne ressemble pas du tout — mais alors pas du tout ! — à l’hôtel Henriette. Pourtant, le fond est le même : rester accessible, confortable, chaleureux, ouvert. C’est pour cela que j’avais envie de partager cette nouvelle adresse avec vous.
J’espère que vous saurez quoi faire de ces inspirations. Personnellement, j’adore, encore, et toujours, ce petit esprit seventies qui a le goût de mon enfance. Comme je ne voudrais en aucun cas, refaire la déco de mes parents, j’aime bien cette idée de le réinventer aujourd’hui, avec légèreté et modernité.
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HÔTEL LULU
155 boulevard du Montparnasse, Paris 6e








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