
Il est une place aimée des Lyonnais, un peu en retrait des circuits touristiques, il s’agit de la place d’Ainay, située au cœur de la Presqu’île. Il y a quelque temps, je me suis rendue à l’Hôtel de l’Abbaye sur l’invitation du propriétaire pour découvrir l’exposition Émerveillements, organisée en résonance avec la Biennale d’Art Contemporain de Lyon 2026. Je me suis autant émerveillée devant les œuvres que devant le lieu, que je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir. Aujourd’hui, je vous parlerai donc autant de cet endroit hyper convivial, pensé comme une maison de famille, que de la mise en scène des œuvres d’art, avec cette question en fil conducteur : comment mettre l’art en scène chez soi ?
Il faut dire que le lieu a une histoire. Avant de devenir ce boutique-hôtel 4 étoiles, le bâtiment a eu plusieurs vies.
Ancien presbytère du XIXᵉ siècle au style palais florentin, il a longtemps été une école. Racheté par Arthur Laeuffer et réinventé avec l’aide du studio lyonnais Maison Hand à l’identité forte, l’endroit s’affirme aujourd’hui comme un hôtel de charme, chic et vivant, ouvert sur la ville.
L’exposition imaginée avec la Galerie Platini est d’ailleurs là pour rappeler que l’hôtel ne vit pas en vase clos.
Arthur Laeuffer m’a confié qu’il n’était pas rare de voir d’anciens élèves passer le porche à la recherche de souvenirs. Cependant, il ne reste rien des traces de l’école. Cela n’empêche en rien de passer le porche, et l’exposition est le parfait prétexte pour oser pousser la porte, venir boire un café ou simplement flâner au milieu des œuvres.
Autres inspirations



01 | Un décor contemporain inscrit dans un espace patrimonial
Avant de placer l’art, je vais commencer par vous parler du décor, signé donc par Maison Hand.
Cette agence, créée par Stéphane Garotin et Pierre-Emmanuel Martin, a su s’imposer dans le monde du design. Ils cultivent un minimalisme chaleureux aux accents scandinaves. Les Suédois ont très souvent relayé leurs réalisations. Ils mixent des matériaux texturés à des teintes sombres ou assourdies, travaillées en contraste avec le blanc, le tout teinté d’influences nomades où le contemporain dialogue avec l’ancien.




_Un décor feutré et design
Pour ce projet, leur style s’est glissé dans la peau d’un univers résolument contemporain, structuré, urbain et haut de gamme. Tout l’enjeu était d’établir un hôtel « haut de gamme », en retrouvant et en mettant en valeur la bâtisse construite au XIXᵉ siècle par Claude-Anthelme Benoit (1794-1876).
On retrouve une palette chromatique plutôt sombre, inspirée de la terre et de la nature comme des tons ocre, brique, terracotta ou vert mousse. Le gris domine. Les matières brutes et nobles s’y répondent avec élégance :
- Des pièces chinées et du design sur-mesure : Des objets dénichés aux Puces du Canal côtoient du mobilier signé d’éditeurs contemporains (Ligne Roset, Moustache, Driade).
- Des jeux de textures : Des moquettes personnalisées, des velours et des tissus précieux (Bisson Bruneel, Rubelli, Élitis) viennent adoucir les lignes architecturales d’origine.
- Un clin d’œil au passé florentin : La présence du terrazzo et les motifs des stylobates rappellent subtilement la mémoire du bâtiment tout en lui insufflant une modernité maîtrisée.



_L’écrin parfait pour l’art contemporain
Depuis l’ouverture de l’hôtel en 2019, les œuvres d’art font partie intégrante du décor. Arthur Laeuffer, hôtelier et collectionneur, a toujours tenu à mettre en scène des créations artistiques, anciennes ou contemporaines. Progressivement, avec son ami Alexis Platini, galeriste lyonnais, ils ont cherché à mettre des œuvres qui fassent résonance avec l’espace.
Ainsi, la tête de lion, sculpté à la tronçonneuse de Jürgen Lingl, trouve naturellement sa place à l’accueil. En entrant, on découvre aussi une sculpture en bronze de Bérit, d’une jeune fille portant un enfant endormi.



Œuvre exposée : Tête de lion de Jürgen Lingl
02 | L’art hors des musées
Cette idée de faire sortir l’art des musées et des galeries n’est pas nouvelle, mais reste relativement récente. Quand j’étais étudiante aux Beaux-Arts dans les années 90, il en était déjà question.
Cette démarche repose sur deux enjeux complémentaires :
- d’une part, mettre en scène des œuvres dans des espaces de vie pour permettre au futur acquéreur de se projeter ;
- d’autre part, enrichir le décor des lieux publics en leur insufflant une vraie présence.


Dans ce contexte, l’art proposé est contemporain, mais s’éloigne du pur art conceptuel que nous pourrions trouver dans un musée justement. Il est pensé pour plaire, pour créer du lien et pour s’harmoniser naturellement avec le décor.
Ici, l’art s’invite dans les espaces de vie, il accompagne les visiteurs sans jamais s’imposer à eux. Une sculpture découverte au détour d’un escalier, une toile aperçue depuis sa chambre, une œuvre qui attire le regard pendant un déjeuner ou un café partagé entre amis.
Les clés pour sublimer l’art dans son intérieur
- Privilégiez le coup de cœur sensible : Choisissez une œuvre qui vous émeut ou vous intrigue, plutôt qu’une œuvre choisie uniquement par calcul décoratif.
- Faites dialoguer les matières : Une sculpture en bronze, en bois ou en terre prend toute sa valeur lorsqu’elle contraste avec les matériaux de votre mobilier (velours, pierre, bois brut, métal).
- Osez l’inattendu et les lieux de passage : Ne limitez pas l’art au mur au-dessus du canapé. Une œuvre trouve magnifiquement sa place dans une entrée, un couloir ou sur une console basse pour créer une surprise visuelle au quotidien.
- Soignez la lumière : Privilégiez des éclairages doux et indirects qui révèlent les textures et les reliefs sans jamais agresser le regard.



Photo : 1. 2. 4. 6. 7. 8. Guillaume Grasset // 3. Studio Foudimages // 9. 10. 11. 14. 15. Turbulences Déco
Une belle parenthèse lyonnaise qui rappelle qu’intégrer l’art chez soi est à la portée de tous. Pour les petits budgets, il faut patiemment s’offrir des œuvres de jeunes créateurs, chinées. Il suffit d’oser, de faire confiance à ses coups de cœur et de laisser les pièces dialoguer avec votre propre histoire. Alors, prêts à pousser le porche d’Ainay ou à revoir l’accrochage de votre salon ?

Hôtel de l’Abbaye
20, rue de l’Abbaye-d’Ainay
69002 LYON





