
On a beaucoup mis le wabi-sabi à toutes les sauces ces dernières années, au point d’en oublier le sens. L’an dernier, je vous parlais du livre Wabi-Sabi Mood, qui remontait aux sources de cette philosophie dévoyée par le marketing. C’est vrai que nous avons eu tendance à mettre le wabi sabi à toutes les sauces, mais il faut reconnaître aussi que cette philosophie a aussi imprégné notre culture. Je vous propose d’en découvrir une belle illustration avec le travail de l’architecte d’intérieur Camille Grenu (Projet Wabi-sabi) à travers la visite d’un appartement de 50 m² à Paris, une invitation au voyage entre Japon et Méditerranée.
Cet intérieur m’est arrivé par dossier de presse. Mais si je devais relayer chaque mail qui atterrit dans ma boîte, ce blog ressemblerait à un catalogue de marques. Ce ne serait pas « turbulent ». Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas de faire de la redite du dossier de presse, mais de comprendre en quoi cette approche peut-être intéressante pour vous.
Ce qui a retenu mon attention chez Camille Grenu, c’est son parti pris de faire de la philosophie wabi sabi son approche dans les aménagements intérieurs.
Et la vraie question qui se pose alors est aujourd’hui est : Comment fait-on dialoguer cette philosophie ancestrale fondée sur le dénuement, la patine du temps et la rusticité, avec nos appartements urbains modernes, nos matériaux contemporains et notre besoin (très légitime) de confort ?
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01 | Misez sur un minimalisme sensoriel
Pour décrire cet appartement, il est intéressant de parler de minimalisme sensoriel.
On connaît le minimalisme, j’en parle souvent par ici. Si la démarche a du bon, elle peut aussi vite déboucher sur des intérieurs froids ou impersonnels. C’est pourquoi a été inventé le minimalisme sensoriel, qui est en gros une approche qui conserve l’épure visuelle, mais dans laquelle on réinjecte de la sensation grâce au grain des textures, au toucher des matières brutes ou à la présence de matériaux vivants.
Une des problématiques des logements modernes, c’est qu’ils manquent de base d’âme dès le départ, et si par ailleurs, vous les meublez avec des meubles fonctionnels comme un meuble TV, les fameuses étagères Billy, la commode bon marché, vous ne faites que renforcer cette impression de froideur.
_L’art d’injecter de la matière là où manque la structure
Une des pistes proposées par Camille Grenu dans cette réalisation a été de concevoir des aménagements maçonnés sur-mesure. Réalisée en béton cellulaire et couverte d’un enduit à la chaux, cette structure, installée le long du mur principal sert de meuble à niches dans le salon, de banquette d’assise dans le coin repas, puis d’étagères pour la cuisine.
C’est là une première réponse clé à l’adaptation du wabi-sabi au contemporain. Plutôt que d’ajouter du mobilier en kit, le sur-mesure est une réponse.



02 | Acceptez l’imperfection et introduire de l’imperfection
Les piliers de la philosophie wabi-sabi célèbre le temps qui passe (sabi) et la beauté des choses modestes (wabi). Mais comment appliquer cette idée dans une rénovation globale sans que cela fasse faux ?
Car si le wabi-sabi est intemporel, il reste fondamentalement antinomique avec nos modes de vie contemporains. C’est d’ailleurs, je pense, ce qui explique notre fascination : nous y recherchons du sens, du calme, du ralentissement, de la beauté. Cependant comme le démontrait très bien l’ouvrage dont je vous parlais en introduction, adopter le wabi-sabi exige d’en faire une véritable philosophie de vie au quotidien. Ce qui est, soyons honnêtes, à peu près inatteignables pour la plupart d’entre nous.
La réponse réside dans l’approche de l’architecte d’intérieur qui introduit des objets anciens :
- Dans la chambre, c’est un nu ancien peint sur un panneau de bois déformé par le temps, chiné à la braderie de Granville, qui a servi de point de départ. Ses teintes douces et passées ont défini toute la palette de couleurs, de la chaux murale au linge de lit en gaze de coton.
- Dans le salon et la cuisine, le contraste naît du contraste entre le blanc mat de la maçonnerie et la texture des zelliges noirs artisanaux, d’une table en bois sombre ou d’une lampe torsadée en rotin.
En sélectionnant des pièces qui racontent une histoire où la main de l’artisan et la patine du temps se voient, le décor moderne gagne en supplément d’âme.




03 | Filtrez le bruit et captez la lumière pour créer un « sanctuaire » urbain
Dans son manifeste, Camille Grenu souligne que créer un lieu wabi-sabi en ville, c’est avant tout permettre à chacun de « poser sa fatigue et son trop-plein de pensées ». Ce n’est pas un style, mais une approche. D’ailleurs, si vous allez faire un tour sur le site de son agence, vous verrez que ses réalisations ne se ressemblent pas. Son approche s’adapte à chaque lieu et à chaque habitant.
Pour transformer ce premier étage parisien en refuge apaisant, elle a beaucoup travaillé sur ce qui ne se voit pas : la circulation de l’air et de la lumière.
- Un plan traversant : En supprimant le cloisonnement d’origine (seule la chambre a conservé sa place), l’appartement baigne désormais dans une lumière douce qui change au fil des heures.
- Le jeu de l’ombre et de la clarté : Elle a fait le choix de luminaires artisanaux en fibres naturelles et rotin qui diffusent une lumière tamisée, loin des spots agressifs du design contemporain.
- L’intégration astucieuse de l’existant : L’ancien conduit de cheminée n’a pas été démoli ou caché grossièrement (Il n’est pas toujours possible de les supprimer, ils font partie de la copropriété), mais intégré dans une tête de lit maçonnée qui accueille aussi prises et interrupteurs.



Alors, comment être wabi sabi quand on vit dans un logement standard ?
Je termine par quelques pistes, car tout le monde n’a pas l’opportunité ou le budget de se lancer dans de lourds travaux de maçonnerie à la chaux.
Vous vivez avec un sol en PVC, des portes isophanes basiques ou un carrelage blanc un peu froid ? Pour contrebalancer cette rigidité contemporaine et apporter de la chaleur, la clé est de venir « casser » ces surfaces lisses avec des éléments vivants :
- Au sol : Recouvrir un PVC ou un carrelage impersonnel avec de grands tapis en fibres naturelles (jute, laine cardée, chanvre) pour réintroduire immédiatement de la matière et du relief tactile.
- Sur les murs : Préférer une peinture très mate (voire une peinture à la chaux si c’est possible) qui absorbe la lumière plutôt qu’un satiné industriel.
- Dans le mobilier : Calmer le côté « sorti d’usine » des éléments standards en intégrant quelques belles pièces vintage chinées (une table en bois brut, un banc patiné) ou les customisant avec du papier peint, en les repeignant.
- Dans la déco : Miser sur de l’artisanat imparfait qui attire l’œil.








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