La technique Shou Sugi Ban, la beauté du bois brûlé

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || La maison de plage de Simone and Rhys Haag en Australie

Depuis quelques temps, j’ai commencé à être interpellée par ces façades en bois noirci : cabane, bardage, mobilier ou encore panneaux intérieurs. Le bois brûlé ou shou-sugi-ban est partout ou presque. [ Il y a aussi beaucoup de bois noir teinté, ciré. Ce n’est pas pareil, mais l’effet est proche. ] Je pense que cette technique reste malgré tout confidentielle en France. Elle n’est cependant pas une nouveauté, car la technique du bois brûlé est utilisée depuis, depuis… bien longtemps. L’origine la plus connue est la technique japonaise du shou-sugi-ban ou yakisugi. Elle permettait et permet toujours de protéger naturellement le bois. Aujourd’hui, c’est son aspect esthétique qui attire le plus, bien que ses vertus restent toujours d’actualité. Vous verrez…

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || La maison de plage de Simone and Rhys Haag en Australie

thedesignfiles.net – Photo : Derek Swalwell et styling : Simone Haag

Pourquoi ce soudain intérêt pour le bois brûlé ?

Je dois reconnaître que l’intérêt n’est pas non plus énorme, mais j’ai remarqué que de nombreux blogueurs avaient déjà traité du sujet et trouvé pas mal d’exemples de bidouillages maison, de designers, d’architectes. Et puis, il y a eu la maison d’Aurélie Lécuyer parue dans le Milk Décoration. Après avoir retapé une vieille école, investi un appartement ancien, elle et sa tribu habitent une maison contemporaine au bord de la mer couverte de bardage en bois brûlé. [ Mon déclic ] Discrète, mais curieuse, son style simple et subtile à la fois, nous inspire… encore.

Je ne pense vraiment pas qu’Aurélie Lécuyer cherche à créer la tendance. En revanche, je la vois un peu comme moi d’ailleurs, toujours à l’affût de nouvelles inspirations. [ Laissez vous prendre par son ledansla.tumblr.com ] Avec un petit budget et beaucoup d’idées, elle et son mari ont donc évité la maison pavillon classique. A l’aide de l’agence d’architectes L’atelier, ils ont imaginé une maison simple en bois blond dedans, et bois noirci dehors, pas ordinaire du tout et complètement dans l’esprit slow life.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Architecte Atelier ordinaire - Maison d'Aurélie Lécuyer

J’ai préparé plusieurs planches d’inspirations exprimant les idées que je me faisais de la maison, aussi bien en terme d’aspect extérieur que d’ambiances intérieures, de matériaux… On voulait une grande boîte noire. Thomas était à l’écoute, nous avions beaucoup d’approches communes.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Architecte Atelier ordinaire - Maison d'Aurélie Lécuyer

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Architecte Atelier ordinaire - Maison d'Aurélie Lécuyer

atelierordinaire.tumblr.commilkdecoration.com – Photo : Aurélie Lécuyer

En quoi consiste la technique du bois brûlé ou shou-sugi-ban ?

Le shou-sugi-ban ou yakisugi est une technique traditionnelle du Japon qui consiste à brûler le bois d’un côté. Cela permet de le protéger des intempéries, des UV, des moisissures et des insectes et ironiquement des incendies surtout à l’origine. La plupart des maisons au japon étaient construites en bois et les populations craignaient plus que tout, la propagation des flammes. La couche supérieure carbonisée créait un effet retardateur. Malheureusement au Japon, comme ailleurs la tradition se perd et les bardages en bois brûlé sont de plus en plus délaissés au profit du plastique !

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban

Si il vous prend l’idée de « brûler » la cabane au fond du jardin, tel un maître du shou-shi-gan, j’ai trouvé différentes techniques :

La traditionnelle

En premier lieu, au Japon c’est le cèdre qui était utilisé, Sugi d’où le nom. La technique originalle consiste à lier ensemble trois planches en une sorte de long triangle que l’on place debout et dans lequel on insère du feu, puis on éteint la combustion en vidant un seau d’eau. Voilà, voilà, long et fastidieux si vous souhaitez couvrir une maison.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban mise en oeuvre par l'architecte Terunobu FujimoriLa technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban mise en oeuvre par l'architecte Terunobu Fujimori

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban mise en oeuvre par l'architecte TerunobuFujimoriLa technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban mise en oeuvre par l'architecte Terunobu Fujimori

Les techniques du bois brûlé dérivées

Pour les plus grandes séries, deux techniques se présentent. En un, on peut créer un grand lit de braises dans lequel on couchera des planches 2 par 2. En deux, on peut aussi simplement utiliser un chalumeau. Comptez une dizaine de minutes par planche.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban mise en oeuvre par l'architecte Clément Baclear

La finition

Le résultat varie en fonction du bois utilisé à la base, du temps de combustion pratiquée et de la finition. Cela va de l’effet carbonisé à un effet noirci ou encore à quelques touches brûlées qui laissent apparaître le bois d’origine.

Une fois la combustion pratiquée, on gratte les résidus de charbon si nécessaire avec une brosse, puis on applique un enduit de finition qui peut être de l’huile végétale ou de la cire, une teinte.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban - Différents effets de brûlage

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban - Différents effets de finitions

Témoignages

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Palatine passive house par l'architecte Tiffany Bowie

dwell.com – Photo : José Mandojana par l’architecte mb-architecture.com

Exemples de réalisation d’architectes

Avec l’engouement pour le bois, les méthodes naturelles, cette technique ancestrale est très prisée par les architectes. Elle est vraiment intéressante d’un point de vue design et esthétique à condition d’aimer le noir et le bois, et aussi parce qu’elle protège le bois de façon naturelle et durable. Ce qui évite l’utilisation de plastique et de produits pétrochimiques. Ça peut donner des effets charbons, mais vous avez pu constater que l’on peut moduler la noirceur.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Résidence MG2 par l'architecte Alain Carle au Quebec

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Résidence MG2 par l'architecte Alain Carle au QuebecLa technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Résidence MG2 par l'architecte Alain Carle au Quebec

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Résidence MG2 par l'architecte Alain Carle au Quebec

alaincarle.ca – Photo : James Brittain

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Ochre Barn par le studio d'architectes Carl Turner - Norfolk Grande Bretagne

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Ochre Barn par le studio d'architectes Carl Turner - Norfolk Grande Bretagne

dwell.com par le studio ct-architects.co.uk – Photo : Christoffer Rudquist

Wabi house - Architecte Sebastian Mariscal

dwell.com – par l’architecte Sebastian Mariscal

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Uppett architects - Hillside project

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Uppett architects - Hillside projectLa technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Uppett architects - Hillside project

Côté design : l’effet esthétique du bois brûlé

Le bois brûlé, ce n’est pas que pour l’extérieur. Beaucoup d’architectes d’intérieur l’utilisent aussi à l’intérieur pour le parement d’un mur.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Lakefront Austin home par Aamodt Plumb ArchitectsLa technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Zwarthout showroom
aamodtplumb.com + zwarthout.com

Faire contraster les matériaux…

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || murs en tête de lit en bois brûlé

people.hgtv.com – Photo : Laure Joliet

Dans un esprit seventies, plus original qu’un simple mur peint en noir.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Cuisine aux placards en bois noirci

Source inconnue

Dans un esprit industriel et scandinave, des placards de cuisine en bois effet brûlé.

Peut-être l’élément design le plus frappant du salon est le dai koku bashira, le grand pilier, central. Dans les régions rurales du Japon, ces troncs étaient le pilier central structurel d’une maison. Selon la foi shinto, Daikoku, le dieu de la richesse, réside dans le pilier, ce qui porte la bonne fortune aux habitants de la maison. Konishi et Gaffney, les propriétaires avaient sans doute un autre rituel à l’esprit en implantant ce tronc carbonisé au milieu du salon, car il sert à marquer la taille de leurs enfants. Le pilier lui-même est le tronc d’un chêne centenaire écossais.

Du mobilier brûlé

Après les architectes, les designers ne sont pas en reste. On se souvient du buzz qu’avait provoqué le designer néerlandais Maarten baas en osant passer sous le feu du mobilier d’époque (et de prix). En même temps, c’est une méthode de patine comme une autre et cela peut être une bonne idée pour moderniser un meuble vieillot. Vous me direz que vous pourriez le peindre en noir, certes, mais le brûlage donne un effet différent.

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Collection Smoke par le designer Maarteen Baas

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Collection Smoke par le designer Maarteen Baas

Smoke est le projet de diplôme de Maarten Baas à la Design Academy d’Eindhoven, en 2002. Il est le résultat de ses recherches sur la beauté et la perfection fin. « Dans la nature, tout est en mouvement, ce qui crée une certaine beauté. Pourtant, il est une tendance très humaine de garder les choses comme elles sont censées être et de les garder belle comme ils étaient à l’origine. Smoke joue avec les deux perceptions de la beauté.  » 

La technique du bois brûlé ou Shou Sugi Ban || Collection Fall / Winter par le designer Valentin Loellmann

ideat.thegoodhub.com – Photo : Anne-Emmanuelle Thion

Je vous cite un autre designer Valentin Loellmann. En 2011 naît la collection « Fall/Winter » : une série de meubles composés de plateaux en chêne reposant sur des pieds en branches de noisetier, noircis au chalumeau, puis passés à la cire. Le plateau est ensuite poncé au sable, poli et traité à l’huile. Chez lui, le brûlage n’est pas perçu comme un concept, mais comme une finition pour ses meubles aux formes organiques, alors que chez Maarten Baas il y a la notion de provocation, du temps qui passe, du geste porté à l’objet pour lui donner une autre dimension.

Trouver une entreprise

Je suis certaine qu’il en existe d’autres, mais ce sont les sites qui ressortaient toujours.

<span class= »hitperso4″J’espère que cet article ne vous aura pas paru trop long, mais j’ai essayé de faire le tour de la question. J’ai oublié de vous mettre que le bois soumis à vrai brûlage, type shou sugi gan était fragile à la manipulation, c’est pourquoi faire appel à un professionnel pour la pose est quand même une bonne idée. Personnellement, j’ai bien envie de tester sur une chaise.

N’hésitez pas à partager votre expérience et à me dire si cette technique vous parle ou pas, partager d’autres exemples. J’ouvre un dossier sur Pinterest : SHOU SUGI BAN OU BOIS BRÛLÉ.</span>


  1. lolabelle

    9 février

    wooo, quel superbe article!!! Bon, faut que j’arrête de m’extasier à chacun des posts, ça va devenir suspect 😉 Mais, sincèrement, chaque nouvelle publication est tellement intéressante et bien élaborée que c’est un vrai plaisir de passer ici!

    Sinon, pour en revenir au sujet, je ne suis pas fan de l’intérieur d’Aurélie Lécuyer (je dois être la seule dans toute la blogo intersidérale)! Chaque fois que je vois ça maison, j’avoue que je suis totalement hermétique à l’intérieur, ça n’évoque rien chez moi et je trouve ça trop impersonnel…).Par contre, j’adore les réalisations « japonisantes » de l’architecte cité: Alain Carle! Les matériaux sont superbes, l’architecture des maisons fait rêver, sans parler du cadre extérieur qui, bien sûr, ajoute au charme! Là tout de suite, je lui commanderais bien une MG2 et un bout de Canada autour 😉

  2. sophie

    10 février

    Article très intéressant, je ne connaissais pas du tout cette technique, sauf pour les meubles. L’effet est surprenant et esthétique.
    Merci beaucoup !

  3. Andrianina

    10 février

    Merci Clémence pour cet article très très détaillé et complet sur le sujet! J’ai moi même remarqué ces tabourets (?) en tronc d’arbre coupé chez Merci! Je ne m’imaginais pas alors, La complexicité de cette technique! A dire vrai, j’ai pensé que le bout noir était en fait peint et non brûlé! Et quelle ingéniosité ces japonais! Ce qui me conforte encore plus dans ma fascination deco/ design pour ce pays!

  4. Bertille

    10 février

    Je découvre aussi, article très complet et très intéressant, l’aspect des bois extérieurs me rappelle aussi le bois de granges, abris… qui étaient recouverts de goudron (j’ai souvenir de cela quand j’étais enfant, il y a longtemps). J’aime aussi beaucoup le mobilier qui mixe les deux, cela apporte une certaine fragilité au banc par exemple.
    bravo Clémence, continue à nous surprendre.

  5. verte

    10 février

    passionnant ce sujet sur une technique que je ne connaissais pas, comme j’aime le noir, le bois, et le naturel je suis comblée, je pousse le vice un peu loin mais il ne m’aurai pas déplu de faire ça a mes poutres et mon plafond mais je crains un peu de mettre le feu a ma maison lol

  6. Jean-Freddy

    12 février

    wow, c’est la première fois que j’en entend parler de cette technique, même si je suis dnas la déco depuis de lurettes, c’est une surprise pour moi 🙂
    Jean-Freddy de http://www.decouvrirdesign.com/

  7. C’est incroyable cette type de décoration et en plus très intéressant. C’est très jolie le contraste avec le bois brûle et les meubles en bois clair. Pour moi, j’aurais les canapés et sièges en couleurs claires plutôt que foncés.

    Merci beaucoup pour l’article ! Je le partage !

  8. Cubehouseconcept

    3 juin

    Superbe article

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