
Alors, Cottagecore : design ou vieux jeu ? C’est la question du jour. Le style cottage, inspiré de la petite maison de campagne de la mamie anglaise, a contaminé la décoration depuis quelques années maintenant. Et évidemment, comme tout style, il s’est diffracté en une multitude de nuances et a quitté les petites maisons pour s’inviter dans les demeures chics de Londres et de Margate. Il a aussi traversé la Manche et nous séduit énormément. Pour autant, nous pouvons nous interroger : est-il intemporel ou correspond-il à une simple mode ? Que pouvons-nous en faire ?
Pour illustrer cet article, je vous emmène visiter cette magnifique maison géorgienne.
Elle m’a tout de suite tapé dans l’œil, car son décor « cottagecore » ne pouvait être signé que par une décoratrice d’intérieur, tant il est maîtrisé. J’ai d’abord pensé à Nicola Harding, mais après une recherche rapide, il s’agit en réalité de Lonika Chande, dont je vous avais déjà parlé dans cet article : Le cottage londonien de Lonika Chande.
Nicola Harding, comme Lonika Chande, sont réputées pour leur capacité à mélanger l’ancien et le contemporain, les couleurs sourdes et les motifs traditionnels sans tomber dans le « kitsch ».
On parle alors du style « Elevated Cottagecore ». Il ne s’agit pas du cottagecore délavé par les réseaux sociaux, mais d’une version architecturale, ancrée dans le patrimoine et les beaux matériaux.
Ce retournement est assez surprenant, car à la base, il s’agissait d’un style petit-bourgeois que les mamies insufflaient dans leur cottage, à coups de dentelle, napperons, meubles capitonnés et bibelots désuets. Nous voyons ici, que nous passons à autre chose. Cet « Elevated Cottagecore » coûte cher. Très cher.
Alors, comment s’approprier cet esprit sans posséder un manoir géorgien dans le Kent ni le budget d’un architecte d’intérieur ? Et surtout, comment éviter l’écueil d’un décor trop recherché, réponse en partie dans cet article.
Autres inspirations




01 | Le nouveau cottagecore : l’équilibre entre rationalité moderne et cocon chaleureux
Pour un style cottagecore réussi, la clé est le confort absolu, et c’est sans doute la raison de son succès actuel. Dès l’entrée de la maison — cela commence en réalité dès le jardin —, la maison doit être accueillante, conviviale. Cela doit rappeler une maison de famille nombreuse.
Vous me direz que le style moderne avait cette même ambition, la fonctionnalité et l’hygiène en plus.
Mais là où le modernisme cherchait le confort par la rationalité, la lumière et la simplicité des lignes, le cottagecore le trouve dans les détails ornementaux, la matière et l’accumulation.
Et c’est ainsi que le style cottagecore devint « Elevated ».
Pour éviter que le cottagecore ne devienne kitsch comme une maison de grand-mère trop encombrée et poussiéreuse, et que le modernisme ne paraisse froid ou inhabité, des architectes d’intérieur ont trouvé l’équilibre entre ces deux mondes.
C’est exactement la démarche de Lonika Chande ici. L’agencement a été repensé avec soin pour offrir un lieu à la fois chaleureux et fonctionnel. Avec ses trois chambres et ses sept pièces de réception, les espaces ne manquent pas pour manger, lire, travailler, se reposer ou même peindre. La décoration y est généreuse, vivante et facile à vivre.





02 | Le mobilier : l’esprit Arts & Crafts plutôt que le bric-à-brac
Dans cette maison, Lonika Chande, en accord avec les envies des propriétaires, a privilégié le mobilier Arts & Crafts.
Pour ceux qui ne le situent pas bien, le mouvement Arts & Crafts est indissociable de figures comme William Morris ou de l’héritage de la célèbre boutique Liberty à Londres. L’idée à l’époque était déjà de valoriser l’artisanat face à l’industrialisation galopante. Finalement, nous y sommes encore.
Ce que l’on retient pour chez soi :
- Privilégier la belle facture : Une grande table en bois massif, un banc patiné dans l’entrée ou des fauteuils aux proportions généreuses plutôt qu’une profusion de petits meubles d’appoint.
- Le sur-mesure fonctionnel : Observez la table à manger ébonisée créée spécialement pour épouser la baie vitrée de la maison. Elle prouve qu’un meuble d’esprit traditionnel peut s’adapter parfaitement à l’architecture du lieu pour créer un espace de vie convivial et fluide.
- Le dialogue avec le design moderniste : C’est la véritable astuce pour sortir du « kitsch ». Associer une table sculptée à des chaises aux lignes plus pures, ou poser une suspension iconique au-dessus d’une commode patinée, permet de « nettoyer » le côté touffu du cottagecore tout en réchauffant la froideur du design.
- Ancrer l’espace : Chaque pièce a une fonction claire et de l’espace pour respirer. Le mobilier ne vient pas encombrer, il invite à s’installer.






03 | Couleurs, matières et motifs : l’art de structurer l’espace
Ce qui frappe dans le décor de cette maison est l’omniprésence des jeux de couleurs délicats. La couleur est partout, mais elle n’est pas envahissante. C’est là toute la subtilité du travail de Lonika Chande. Pour créer cette palette, elle s’est inspirée des paysages du Kent, entre mer et nature. Les teintes sont sourdes, douces, presque organiques et répondent entre elles sans être criardes. Elles viennent souligner les éléments architecturaux
Mais ce sont surtout les techniques artisanales utilisées sur les murs qui apportent ce supplément d’âme – et qui font la différence avec notre budget. Dans la salle de bains, l’usage du tadelakt (un enduit traditionnel à la chaux) apporte un toucher brut et imperméable. Cette texture imparfaite capte la lumière d’une manière qu’un béton ciré ne pourra jamais vraiment imiter.
Il y a aussi cette fresque végétale dans la cuisine, signée par l’artiste décoratrice Tess Newall. C’est l’anti-papier peint industriel par excellence. Enfin, au lieu de rénover tout à neuf, les imperfections d’origine (les murs patinés du salon jusqu’aux parquets en bois légèrement ondulés) ont été conservées dans leur jus comme de véritables atouts décoratifs.
Ce que l’on retient pour chez soi :
- Troquer la peinture veloutée pour l’effet mat : Privilégier des peintures mates chargées en pigments comme celle de l’atelier Ellis ou de la chaux, ainsi que tous les enduits minéraux qui créent de la profondeur sans charger visuellement.
- S’inspirer sa palette de l’extérieur : Un joli moyen pour créer sa palette décorative. Il s’agit d’observer les teintes naturelles environnantes (vert sauge, terre cuite, bleu orage, ocre doux) pour créer une continuité fluide entre le jardin et l’intérieur.
- Créer le détail sur-mesure (version DIY) : Pas besoin d’embaucher un peintre décorateur pour insuffler cette magie : peindre une fine frise au pochoir au-dessus d’une plinthe ou autour d’un encadrement de porte suffit à personnaliser une pièce.



04 | L’art de la mise en scène : collection, humour et esprit turbulent
Ce que l’on adore dans la déco anglaise, c’est leur goût de l’extravagance un peu snob qui se traduit jusque dans leurs intérieurs. Cette maison à Margate, en version cottagecore, n’a pas perdu en mordant. Les objets ne sont pas rangés, ni même arrangés : ils sont sténographiés avec une pointe d’humour.
Le secret réside dans le contrepoint. On s’amuse à télescoper les époques et les registres.
Dans cette maison, les assises profondes, typiques de la maison de campagne traditionnelle, y côtoient des meubles et objets chinés de façon presque informelle, tandis que des œuvres d’art contemporain s’invitent sans complexe dans le cadre géorgien d’origine. Partout, des détails ludiques viennent bousculer l’espace : une frise murale peinte à la main, un motif à rayures audacieux associé à des imprimés fleuris, ou encore un meuble peint dans une teinte inattendue (un vert pétant, un jaune moutarde) qui vient brusquement réveiller le calme des teintes sourdes.
Le truc est donc de ne pas en faire trop. Le détail ne doit pas sauter aux yeux.
Ce que l’on retient pour chez soi :
- Ne pas tout prendre au sérieux : Laisser une place à l’impulsion, à l’objet chiné un peu absurde ou au tableau coup de cœur qui n’a rien à voir avec le reste de la pièce.
- Miser sur l’accrochage dynamique : Plutôt qu’un seul cadre centré au millimètre, composer un mur de cadres dépareillés en jouant sur les hauteurs.
- Oser le pas de côté : C’est précisément cette petite touche d’excentricité et de turbulence qui transforme une maison « bien décorée » en un lieu habité et plein d’esprit, le vôtre.

La maison Hawley Square à Margate, Kent en vente sur Inigo








Pas de commentaires