
Depuis quelque temps, il se trouve que les algorithmes d’Instagram ont décidé que ma compétence principale en décoration était la déco anglaise « post Cottagecore« . Soit. Je m’en étais amusée dernièrement dans ma lettre hebdomadaire, à laquelle vous pouvez d’ailleurs vous abonner, si ce n’est déjà fait. Je m’en amusais, parce que j’aime beaucoup la décoration anglaise, surtout dans la vision renouvelée d’un certain romantisme campagnard. Cependant, mon ADN reste le défrichage. J’aime explorer tous les styles. Pour faire honneur à mon « nouveau statut » de spécialiste, aujourd’hui, je décortique pour vous cette maison signée Buchanan Studio. Un studio so British qui bouscule les codes de la décoration anglaise pour lui insuffler une modernité romantique et théâtrale.
Le studio londonien Buchanan, fondé par Charlotte et Angus Buchanan, s’inscrit dans le renouveau de la décoration que l’on pourrait baptiser : le « Nouveau Romantisme Anglais ». Une nouvelle garde de designers britanniques réinvente l’héritage classique avec une forte impertinence réjouissante. Il faut sans doute avoir un tempérament très British pour l’adopter. Nous pouvons grandement nous inspirer de cette turbulence décorative, car elle est décomplexante, invite à oser !
Si House of Hackney a été le pionnier de ce retour au maximalisme avec ses imprimés botaniques et rock, le studio Buchanan apporte une nuance plus douce, presque cinématographique.
Ils ne sont pas seuls dans cette quête d’une maison théâtralisée : de la fantaisie colorée de Beata Heuman au raffinement artistique de Studio Ashby, l’objectif est le même : créer des espaces narratifs.
Autres inspirations




Kitsch et fleurs séchées pour un décor romantique à l’anglaise
Le duo du studio Buchanan injecte un style « Nouveau Romantique » à tous ses projets. Leur maison, car il s’agit bien de leur maison qu’ils mettent en vente, en est le témoignage.
C’est l’héritage des cottages anglais et des vieilles demeures édouardiennes ou victoriennes, révisés sous le filtre de la modernité.
On y retrouve tous les codes rassurants des maisons de campagne comme des fleurs des champs séchées, des imprimés fleuris, vieux meubles et canapés profonds avec une touche de kitsch comme le vase cygne ci-dessus qui n’aurait pas dépareillé dans la maison de nos grands-parents. Évidemment, tout cela est dépoussiéré, lessivé, abordé au second degré. Ici, le motif floral ne se contente pas d’être « joli », il s’affirme comme un élément décoratif à part entière, surtout lorsqu’il côtoie la signature absolue du studio : la rayure « bonbon ».
Adopter le « New Romantic » à petit prix
Vous n’avez pas le budget pour des tissus de grandes maisons ou pour du marbre de Carrare. Moi non plus. Sachez que ce style fantaisiste est aussi une affaire de chine et de détournement.
- Le kitsch assumé : Allez en brocante ou chez Emmaüs pour débusquer ce fameux vase cygne, une barbotine fleurie ou un cadre ancien doré. La piste est d’isoler l’objet pour qu’il devienne une « pièce forte et assumée ». Évitez toutefois l’accumulation de bibelots, façon « grand-mère » qui fera tout de suite vieillot.
- Les fleurs séchées : Composez des bouquets de fleurs séchées ou suspendez-les la tête en bas pour un côté « atelier d’artiste ».
- Le volume par le textile : Pour donner cet effet théâtral aux fenêtres sans se ruiner, superposez deux paires de rideaux de textures différentes (un voile de coton et un velours chiné par exemple).




La théâtralité ou comment mettre en scène son intérieur
On sent bien qu’Angus Buchanan a fait ses armes dans l’univers de la scénographie et de la mode. Chaque pièce de la maison est abordée comme si elle était une pièce de théâtre. Nous pourrions parler du « storytelling » de la décoration : comment injecter de l’univers du conte dans l’habitat ?
Pour cela, il ne faut pas craindre l’excès, les associations inattendues.
Chez Buchanan, cela se traduit par un dialogue constant entre le brut (inox, zellige, marbre) et le précieux (tissu lourd et passementerie). Cette confrontation des matériaux redéfinit les contours d’un romantisme moderne, et évite en passant le piège du décor figé ou trop « lisse ».
Pour autant, regardez bien, ce décor n’est pas étouffant. Le design de Buchanan Studio se traduit par des espaces forts, saturés de motifs et d’objets qui capturent le regard, et des zones de respiration. J’avais écrit un article sur cette notion de minimalisme maximalisme, la tendance « bold design » qui domine Instagram. On était post période Covid, et nous découvrions que nos intérieurs devaient chaleureux, sans être étouffants.
Maîtriser la notion « High & Low », le mélange des genres
Pour réussir ce style maximalisme sans vider son compte en banque, le secret réside dans le mélange des genres. L’idée est de créer un équilibre entre des investissements luxueux et des éléments très simples.
- Le haut de gamme (Le « high ») : On mise sur des matériaux nobles là où l’œil se pose comme une robinetterie en laiton ou un beau tissu ou papier peint d’éditeurs. La peinture est aussi un poste budgétaire à ne pas négliger, parce que le rendu n’est pas forcément le même. Les teintes sont plus subtiles, car les pigments souvent mieux travaillés.
- Le bas de gamme à moyenne gamme (Le « Law ») : On casse le côté précieux avec des éléments bruts comme du bois de récupération. On mélange des éléments de grande distribution comme du carrelage ou du parquet standard et neutre. On chine beaucoup, et on retape. C’est ce choc des provenances qui rend le luxe accessible et moins intimidant. Des antiquités bien mises en valeur sont aussi un bon moyen d’élever son décor comme un lustre, une belle armoire sculptée.





La recherche d’un luxe décontracté, chic mais facile à vivre
Malgré des choix esthétiques forts, l’ambiance reste profondément décontractée. Pourtant tout respire le luxe, car les matériaux riches, tout autant que les tissus lourds aux imprimés fleuris sont coûteux. C’est ce côté théâtral, et pas figé, qui le rend accessible. Chaque recoin semble nous raconter une histoire avec une pointe d’humour et beaucoup de tendresse.
Cette philosophie du « luxe à vivre » ne s’arrête pas aux murs de la maison, car elle se poursuit jusqu’au fond du jardin.
À l’arrière de la maison, le jardin a été pensé comme une pièce supplémentaire. Je crois que c’est la partie que je préfère. Ce havre de paix en plein Londres. Entre terrasse et préau, les espaces extérieurs sont traités avec les codes du « Nouveau Romantisme » chers au duo :
- La profusion sensorielle : Les bordures débordent de roses, de pivoines, de lavande et de romarin, tandis qu’une glycine romantique vient encadrer la véranda.
- Le luxe facile : Fidèle à l’esprit « maison de campagne », le préau s’invente comme une pièce en plus de la maison avec sa cuisine extérieure qui déborde d’objets chinés.






La salle de bains, en prolongement de la chambre comme un salon
S’il y a bien une pièce où le studio pousse le curseur du romantisme à son paroxysme, c’est la salle de bains. Comme je vous l’expliquais dans mon article précédent sur comment mettre en scène sa salle de bains, elle n’est plus une pièce d’eau, dédiée à l’hygiène, mais elle s’affirme comme une véritable pièce de vie.
Chez les Buchanan, la salle de bains se théâtralise sans complexe :
- Le mobilier détourné : On y installe un fauteuil confortable ou un tapis moelleux, cassant ainsi les codes froids de la céramique traditionnelle.
- La douche « scène » : La douche se transforme en cabine de plage chic grâce au zellige marocain, apportant cette texture artisanale et vibrante.
C’est l’endroit parfait pour appliquer le concept de luxe facile. C’est chic, c’est audacieux, mais l’ambiance reste assez chaleureuse pour avoir envie d’y passer des heures à bouquiner dans son bain, une tasse de thé à la main. Les chambres d’enfant reprennent cet esprit romantique anglais, adapté à des enfants. On y retrouve les ciels de lit, les rideaux jupons, lambris, mais l’excès de la chambre d’amis, tapissée du papier peint « Ticking Rose » de Buchanan Studio. Absolument jubilatoire, mais un peu chargée !





J’espère que vous avez aimé cette visite dans l’univers du Studio Buchanan. Le moins que l’on puisse dire est que ce décor est « turbulent », il nous apprend qu’en décoration nous pouvons oser. Tout est question de dosage et d’envie aussi ! En réinventant le Nouveau Romantisme Anglais, Angus et Charlotte Buchanan nous prouvent qu’il est possible de marier l’élégance d’une demeure historique à la décontraction d’un atelier d’artiste.
Au-delà des tendances « post-Cottagecore » ou des diktats des algorithmes, le message est toujours le même : entourez-vous d’objets qui vous racontent une histoire.
Et vous, seriez-vous prêts à succomber au charme des imprimés à fleurs
ou à chiner votre futur vase cygne ?








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