
Il y a un charme singulier dans les espaces qui rappellent les ateliers d’artistes ou d’artisans : une simplicité fonctionnelle, la mise en valeur des matériaux bruts et surtout une absence de superflu. Ce sont en général des espaces simples aux matériaux bruts, fonctionnels. Évidemment, je ne vais pas généraliser sur l’aspect que devrait avoir un atelier, mais voici à travers 4 espaces dont le fil conducteur serait les meubles et les agencements en bois, le béton, l’inox et la récup’. Ces lieux se situent à la frontière entre espace de travail et habitat, une porosité fréquente chez les créateurs qui composent entre vie pro et perso. Cet article n’est d’ailleurs pas totalement désintéressé : c’est exactement l’esprit que je cherche à insuffler dans l’aménagement de notre maison hangar en Bretagne.
Je devine que certains trouveront ces ambiances trop brutes, trop minimalistes, peut-être fades, froides, et il est vrai que cela l’est un peu. Cependant, cette approche a le mérite d’aller à l’essentiel et d’offrir un cadre de vie extrêmement pratique au quotidien.
Côté budget, la réalité rattrape souvent l’inspiration. Les aménagements en bois sur mesure coûtent cher si l’on passe par un menuisier, et le mobilier d’aspect « brut » n’est pas toujours bon marché à l’image de la marque Frama, que j’adore, mais dont les pièces en bois et inox restent un investissement. Ma parade reste la seconde main : chiner des chaises bistrot ou des assises des années 80/90 à poncer et réhabiliter. Quant au sol en béton, s’il semble être une évidence dans ce type de décor, nous avons dû y renoncer pour notre propre chantier (voir Rénovation, quand la tendance devient un problème de chantier) : trop complexe et hors budget.
Enfin, on retrouve dans ces intérieurs une touche japandi, ce croisement subtil entre le fonctionnalisme scandinave et le goût japonais pour l’imperfection brute et l’omniprésence du bois et de la pierre.
Autres inspirations
01 | La cabane Coveside Carriage House : l’ambiance atelier « esprit japandi »
02 | Le refuge d’Erin Wasson à Marseille : la vision « galerie » au naturel
03 | L’appartement-galerie d’Aarticles à Copenhague : le labo créatif
04 | Cremer à Londres : la cantine de quartier pensée comme un atelier d’épicurien

01 | La cabane Coveside Carriage House : l’ambiance atelier « esprit japandi »
Ma première visite est pour ce cabanon de 49 mètres carrés, construite dans les années 1920, pour loger des bûcherons. Avant d’en faire une cabane d’été, Jordan et Brittany Weller, les fondateurs du studio de mobilier Earth to People, y avaient installé leur propre atelier de menuiserie. Une double vie qui se ressent dans l’aménagement. On y retrouve cette atmosphère bricolée d’atelier brut
Aperçu sur le site de Remodelista, je l’ai sélectionné, car l’intérieur a vraiment cette atmosphère « bricolée » d’atelier qui fait tout le charme du projet. Le couple a en effet souhaité « le penser de manière économique pour optimiser l’espace ».
Pour optimiser l’espace sans le surcharger, le couple a privilégié les détails et la simplicité matérielle :
- Le bois de réemploi et teintes maison : Du sapin récupéré lors de la démolition d’une ancienne école voisine habille la cuisine et les meubles. Pour donner une seconde vie à ce bois brut, ils ont utilisé une teinture artisanale à base de café !
- L’inox et le fonctionnel : Dans la cuisine, un évier industriel en inox (dégoté auprès d’un restaurant local) côtoie des tuyaux en cuivre laissés apparents. De la même façon, les câbles et boîtiers électriques ne sont pas cachés derrière du plâtre mais montés en saillie, rappelant les lofts new-yorkais.
- Le mobilier « trouvé » et détourné : La table basse du salon n’est autre qu’un assemblage de parpaings, les tables de chevet sont de blocs de pierre dénichés sur le terrain et le canapé des années 80 (signé Roche Bobois) a été racheté à un voisin.
- L’équilibre design : Pour réchauffer l’ensemble et apporter du confort, quelques équipements modernes et lignes épurées (réfrigérateur Smeg, cuisinière Forno) viennent contraster avec l’aspect très rustique de l’enveloppe.
« Coveside Carriage House » est à louer sur Airbnb ; cliquez ici pour réserver.









Photo : James Han
02 | Le refuge d’Erin Wasson à Marseille : la vision « galerie » au naturel
Westwing nous fait découvrir le refuge d’Erin Wasson, dans le sud de la France. Nous nous retrouvons à Marseille, dans le petit port de Malmousque. Elle y a acquis une maison de pêcheur sur trois niveaux avec terrasse qu’elle a entièrement rénovée avec beaucoup de délicatesse et décontraction.
Ce que j’aime dans sa démarche, n’est pas tant le côté « atelier » – Erin n’est pas artiste, ni artisan, mais ancienne mannequin – que la démarche de dépouillement. Son intérieur incarne une philosophie de vie où la recherche du beau se construit à partir de l’essentiel, la musique, les livres, le goût du design et de l’artisanat.
Pour façonner ce lieu de vie épuré et chaleureux, elle a misé sur l’ouverture des volumes et la vérité des matières :
- L’ouverture des espaces : Elle a entièrement remodelé les espaces en faisant abattre les cloisons pour fluidifier la circulation et en supprimant les portes. Le sol est également unifié en béton ciré. La lumière du sud devient un matériau à part entière, révélant la texture du sol et l’imperfection des murs.
- Des matériaux bruts en contraste : Dans la pièce à vivre et la cuisine, le béton ciré côtoie l’acajou et le plan de travail en marbre. Une crédence en pierre sourcée en Provence côtoie des éléments plus audacieux, comme un robinet sur mesure couleur rouge vif qui vient ponctuer l’espace sans le dénaturer.
- Le dialogue entre les époques : La grande table à manger en bois rustique, ramenée de ses années new-yorkaises, a trouvé sa place sur la terrasse méditerranéenne. Autour d’elle, des assises épurées et des chaises style « safari » créent une esthétique nomade.
- La seconde main comme fil conducteur : Fidèle à une approche personnelle du style, l’espace est meublé d’objets chinés, de poteries et d’œuvres accumulées au fil de ses voyages, évitant l’écueil du total-look d’éditeurs.
- L’esprit de simplicité : À l’image du mouvement japandi, la décoration laisse respirer l’architecture. Les murs sont laissés volontairement blancs, ce qui donne cet aspect de galerie d’art. Elle met en scène des objets qui ont une histoire et qui semblent s’inscrire dans son rythme de vie.
Le lieu prouve qu’une esthétique épurée et minérale n’a rien d’impersonnel. Il est le cadre parfait pour créer une sensation de calme, de praticité et de liberté au quotidien.









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03 | L’appartement-galerie d’Aarticles à Copenhague : le labo créatif
Très vite Aarticles s’est imposé comme LA galerie du moment, l’œil à suivre. Kasia Sznajder et Fred Aartun (lui-même directeur créatif de la marque Frama), ont eu l’envie de créer un lieu hybride : à la fois physique et digital, espace de vie et galerie, réunissant objets artisanaux, œuvres contemporaines et trouvailles anciennes.
Rien de bien nouveau sur le papier, mais si cet endroit a retenu mon attention, c’est pour son cadre : un appartement à Copenhague de 72m2 qui est leur résidence principale où ils mettent en scène leurs sélections.
Pour transformer cet intérieur de style en un espace d’exposition vivant, le duo a joué sur la modularité et le contraste des textures :
- La modularité comme principe d’aménagement : Conçu comme un véritable « terrain d’essai », l’appartement change constamment de décor. Les meubles et objets bougent au rythme des arrivées de la galerie. Une longue étagère sur mesure parcourt le salon pour stocker et exposer la céramique et la petite sculpture, transformant l’espace en une exposition vivante et évolutive.
- Le bois brut et la matière minérale : On y retrouve un dialogue équilibré entre la chaleur du bois (planchers anciens grinçants, étagères murales, mobilier en pin brut) et des textures plus minérales ou artisanales, comme les vases en terre cuite et les lanternes en papier de riz (iconiques suspensions Akari d’Isamu Noguchi).
- L’inox et le métal industriel : Dans la cuisine, imaginée avec la marque danoise Reform, comme dans le salon avec des tables appoint en aluminium brossé (signées Frama), l’inox et le métal apportent une touche industrielle et minimale qui contraste à merveille avec le parquet historique.
- Le chic de l’imperfection chinée : Chaise Thonet vintage en bois courbé, poteries dénichées lors de voyages ou pièces sculptées à la main par le couple eux-mêmes : l’ensemble refuse le total look au profit d’une collection personnelle où chaque objet a une patine et une histoire.
En faisant de leur foyer un espace d’expérimentation permanente, Kasia et Fred prouvent qu’un intérieur minimaliste n’a rien de figé. Le décor se fait vivant, pratique et en perpétuelle réinvention.









Photo : Fred Aartun
04 | Cremer à Londres : la cantine de quartier pensée comme un atelier d’épicurien
Pour clore cette sélection, je vous emmène dans le quartier de Hoxton à Londres. Aménagé par le designer Oscar Piccolo et le galeriste Gennaro Leone, Cremer est un ancien pub transformé en un café cantine au charme brut. Il ne s’agit pas d’une habitation au sens strict, le lieu a été conçu exactement comme « la maison d’un passionné au goût impeccable ». J’ai trouvé qu’il illustrerait bien ce minimalisme chaleureux à l’ambiance atelier.
Pour donner à cette cantine l’allure d’un cocon artisanal, les designers ont privilégié les aménagements sur mesure et les pièces chinées :
- Le bois sur mesure comme colonne vertébrale : Tout l’agencement intérieur, des banquettes aux grandes tables d’hôtes en passant par les étagères,a été dessiné par le duo et réalisé par un menuisier du nord de Londres. C’est l’exemple typique de ces aménagements en bois brut dont je vous parlais au début : un vrai budget, mais un résultat intemporel qui structure l’espace.
- L’inox et le minéral en contraste : Pour contrebalancer l’omniprésence du bois, le lieu fait la part belle aux détails bruts avec des mosaïques d’inspiration antique dès l’entrée (j’adore) et des détails d’agencement qui laissent l’architecture respirer.
- L’art d’associer la récup’ et l’artisanat local : Objets chinés façon « granny chic », rideaux en soie végétale tissés à la main et suspensions volantes composent un décor personnel. Rien n’y semble figé ou acheté sur catalogue.
- L’esprit lieu de vie : Avec sa banquette méridienne, nichée dans le coin bibliothèque (une idée que j’aimerais bien reprendre), l’endroit gomme les frontières entre espace public et cocon privé.
Cremer résume assez bien cette « ambiance de l’atelier » : de beaux matériaux de base, des détails fonctionnels travaillés avec soin, et cette sensation réconfortante d’un lieu fait pour être habité et partagé.










Photo : Callum Su via remodelista.com
Je n’en ai certainement pas terminé avec ce type d’ambiance. C’est un peu ma base en décoration.
Je me rends compte en vous écrivant que tous les lieux que j’ai pensés passent par cette base. Après, j’y mets ce que je veux comme style : bohème, indus, scandi, grandma. Je crois que ce qui m’attire est la simplicité, la fonctionnalité (un atelier n’est pas fragile, il permet de vivre sans peur de salir, casser, abîmer). J’aime aussi la présence du bois, de la terre cuite, du plâtre, de la pierre, l’acier – des matériaux qui résistent dans le temps, se patinent.
Loin d’être un style figé déniché sur un catalogue, l’esprit atelier brut et minimaliste est donc avant tout une méthode.
C’est accepter le temps qu’il faut pour chiner la bonne chaise, savoir composer avec l’imperfection d’un mur, et privilégier la beauté naturelle des matériaux bruts, sans artifices. C’est aussi mettre en scène des objets qui nous tiennent à cœur comme une galerie d’art, mais personnelle.
Cette immersion conforte mes choix pour le chantier de notre maison hangar. L’aventure promet d’être faite de compromis financiers comme le renoncement au béton ciré, mais elle prouve aussi qu’avec de la seconde main, du temps pour peaufiner et une vraie attention portée à la lumière, on peut créer un lieu chaleureux, vivant et à son image.
Et vous, quelle est la pièce ou la matière brute dont vous ne pourriez plus vous passer chez vous ?
Dites-le-moi en commentaire !








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