
Ne complexez plus, il semblerait que le désordre soit revenu « tendance », ces derniers temps. Après des années d’ordre, de minimaliste cadré, il y a clairement un retour du lâcher-prise : l’accumulation, le froissé, les étagères ouvertes, exactement comme dans cet appartement bohème sur les bords de côte anglais à St Leonards ! Je l’ai sélectionné, parce que j’en aimais le doux désordre. En même temps, rien ne dit qu’il n’a pas été rangé pour la photo ! Si le désordre est l’absence d’ordre, le sentiment de désordre ne veut pas signaler un manque d’ordre. C’est tout l’art d’insuffler dans son intérieur, car le désordre fait partie de la vie. Pour autant, trop de désordre présente bien des inconvénients. Je vous propose de décortiquer cette problématique.
Nous pourrions nous interroger : est-ce que le désordre est donné à tout le monde ?
Oui, certainement, mais le joli désordre est beaucoup plus difficile à atteindre. Ne vous méprenez pas, le foisonnement et l’accumulation constituent un véritable art de vivre qui n’est pas accessible à tous. Cependant, avec un peu d’entraînement, tout le monde peut y arriver. Même les enfants y parviennent !
Ordre et désordre, quelle est votre dose ?
Il y a très longtemps j’avais écrit un article, intitulé Quelle est votre bonne dose de minimalisme ? Il interrogeait sur « Où vous placeriez votre prompteur entre minimalisme ↔ maximalisme ? » Dans un autre article, je prenais le sujet à l’envers en vous posant cette question : Quelle est votre bonne dose de désordre ?
Il est important de répondre à cette question, car elle dit beaucoup de vos besoins et de vos ressentis. Les maîtres Feng Shui vous inviteraient à posséder peu et à opter pour des intérieurs qui respirent, mais je n’aime pas l’universalisme. Je crois qu’il faut s’écouter, un certain désordre rend un intérieur vivant. L’ordre impose de se contrôler tout le temps, mais facilite le ménage.
Comme souvent tout est dans la mesure.
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Le style bohème est-il désordonné ?
Il y a les appartements modernistes, où tout l’agencement est pensé pour que rien de traîne, et il y a les appartements absolument à l’opposé, bohèmes où tout semble désordonné.
Je ne me prononce pas sur ce qui est le mieux. Il s’agit plutôt d’un ressenti et d’un mode de vie. Il est clair aussi que vous pouvez modifier votre mode de vie en relâchant le contrôle sur le désordre, le fameux lâcher prise ; ou retrouver le calme en organisant un peu mieux vos rangements et en faisant du tri !
Dans tous les cas, le style bohème est certainement le style décoratif le plus propice au désordre.
Traversé par de nombreux courants, il invite à la décontraction, au contournement des codes. C’est pourquoi il me correspond le mieux, même si quelque part, j’aimerais vivre dans un intérieur moderniste où tout est pensé pour que rien ne traîne, à part les coussins et un magazine.


Un décor scandicraft à l’anglaise
Le décor de cet appartement est incontestablement bohème dans une approche scandicraft, entendez entre ethnique chic et scandinave. Je rajouterai qu’il est en plus très anglais ! Bref, il est bohème, car il mélange. Il mélange œuvres d’art, rotin et vieilleries chinées, tapis de style Beni Ouarain, fleurs séchées et plantes vertes. Il est inventif. Partout, on sent le bricolage, la télévision calée dans un chevalet, le transformé en banquette…
Cela lui donne un esprit désordonné. L’œil vagabonde.
Alors, comment dire, je pense que les anciens propriétaires, ceux de l’époque victorienne feraient certainement une syncope en découvrant leur rez-de-chaussée, même si la période victorienne n’était pas exempte de bibelots, de plantes vertes et de tapis. C’est justement ce qui est intéressant ici. C’est ce foisonnement de créativité. Occupant le rez-de-chaussée d’une maison de ville victorienne mitoyenne sur Warrior Gardens, cet appartement de deux chambres avec jardin allie des détails d’époque préservés à une palette de matériaux et de couleurs affirmée.




Comment créer une impression de joli désordre ?
Il ne faut pas s’y tromper, le joli désordre n’est pas de la négligence. Là où la négligence subit l’accumulation (le courrier qui s’empile, les objets sans place fixe), le désordre bohème, lui, se compose.
Où il est question de couches, « layers » en anglais
Comme nous l’avions vu dans la maison californienne la semaine dernière, tout est une question de « couches ». On superpose. Cela procède de la strate : un objet en amène un autre, puis un autre, puis un autre, jusqu’à faire sens. Un tapis sur un autre, une collection de cadres appuyés contre un mur, des textiles aux textures variées qui s’entremêlent sur un canapé. Ce sont ces couches successives qui créent cette impression de foisonnement bohème.
Cependant, cet équilibre reste profondément personnel. Pour l’un, une étagère débordante sera une source de joie visuelle ; pour l’autre, elle deviendra un « bruit » mental épuisant.
Il est essentiel de connaître sa propre limite, ce moment où l’accumulation étouffe au lieu d’inspirer.
Le secret pour faire durer ce style sans s’y noyer est de remettre de temps en temps le compteur à zéro. Rien n’est figé. De temps en temps, il faut savoir « vider » une surface, enlever les objets pour laisser respirer l’espace, puis recommencer. On déplace, on agence à nouveau, on enlève, on remet. Ce mouvement perpétuel est l’essence même de l’esprit bohème : un intérieur qui évolue au rythme de nos vies, de nos voyages et de nos humeurs.



Ce bien immobilier, situé sur Warrior Gardens, St. Leonards-on-Sea est à vendre sur le site croftagency.co.uk
Ce « doux désordre » nous rappelle une vérité essentielle : un intérieur n’est pas un décor de musée, c’est le théâtre de notre quotidien. Personnellement, j’aime cette idée que la vie déborde, mais j’aime aussi l’ordre. Bref, je me situe entre les deux. Je suis plutôt au niveau de cet intérieur que j’avais écrit comme étant le sosi de mon intérieur.
Et vous, quelle est votre dose ? Peu importe le curseur, l’essentiel reste de s’écouter. Si le désordre vous étouffe, faites place nette. S’il vous inspire, laissez-le fleurir. Car au fond, le secret d’un intérieur réussi ne réside pas dans l’absence de bazar, mais dans la joie que l’on éprouve à y vivre, tout simplement.








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